Bonjour à toutes et à tous, chères auditrices et chers auditeurs.
D’abord, tous mes remerciements du cœur à Swami Atmarupananda et à Naren, à toute l’équipe de Radio Gandharva Gana, de l’Ashram, pour leur accueil sur les ondes de RGG.
Merci à eux. Un hommage tout particulier à Ramakrishna et à la lignée de swamis, à leurs disciples, femmes et hommes, pour leur dévouement, leurs engagements, qui ont permis au Centre Ramakrishna de Gretz de rayonner et de nous réunir aujourd’hui.
Je m’appelle Philippe Yacine Demaison. Pour faire court, je suis le cofondateur des Assises de la Sagesse et celui de la revue Sagesses Vivantes. Nous serons ensemble pour un rendez-vous hebdomadaire dont la commande est un billet d’humeur.
En ces temps de vacances, je vous l’avoue, j’aurais bien commencé par une citation de Jean Giono que j’adore : « Où que vous alliez, qu’importe le paradis que vous visitez, la première personne que vous rencontrerez, c’est vous-même. »
Mais mon humeur n’est pas là.
Comme vous, je suis attristé, meurtri par ces incendies de forêt qui se propagent, ces mégafeux — c’est leur nouveau nom — incontrôlables et sidérants, portant des flammes jusqu’à cent mètres de hauteur, sévissant dans le monde entier, en Europe et dans notre beau pays, en Gironde et dans le Var.
D’autres feux aussi nous touchent profondément : ceux de la guerre, de la souffrance, de la famine, ceux de l’isolement, de l’incompréhension, de la désunion, de la crainte. Tout ce qui fait mal à notre humanité : une brûlure qui consume tout le vivant et notre vivant.
Bien sûr, ne dit-on pas : « C’est la vie, c’est normal, et après… » ? En un sens, on peut toujours essayer de ramener cette angoisse qui monte à de l’entendable, du rassurant, du gérable. Mais à quel prix ?
Le réel a la tête dure. Plus dure que la nôtre, semble-t-il. Et du déni à l’angoisse, il n’y a qu’un pas, vite franchi quand notre maison brûle ou quand notre mal-être intérieur persiste et empire.
Jacques Chirac, au Sommet du développement durable à Johannesburg, en 2002, affirma : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. »…
« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. » Mais ce détournement du regard ne concerne-t-il pas notre terre intérieure, qui se consume elle aussi ? Je parle de nos âmes, de nos corps.
Y a-t-il un lien ? Assurément. Toutes les sagesses du monde l’affirment : un lien profond existe, un effet miroir entre l’intérieur de nous-mêmes et ce qui prend forme dans le monde, au cœur même de l’histoire de notre vie.
Kodo Sawaki Roshi, le maître zen, alla jusqu’à dire : « Nous portons l’univers en nous. » Et il n’est pas le seul.
Écoutons Djâlal al-Dîn Rûmî, le célèbre maître et poète soufi :
« Tout est un, la vague et la perle,â¨la mer et la pierre.â¨Rien de ce qui existe en ce monde n’est en dehors de toi.â¨Cherche bien en toi-même ce que tu veux être, puisque tu es tout.â¨L’histoire entière du monde sommeille en chacun de nous. »
Vous voyez où je veux en venir ?
Oui, le réchauffement climatique, oui, l’insouciance humaine. Et Vous avez entendu comme moi : « Aurions-nous pu le prévoir ? » Aurions-nous pu le prévoir… Ah bon. »
Mais cela dit-il le fond du problème ?
Excusez-moi d’être direct : et si c’était nous, le vrai problème, le fond du problème ? Nous, en tant que responsables, évidemment ? Mais surtout nous, en nous-mêmes. C’est cela que je veux dire, pour évoquer la relation avec notre intériorité, pas simplement celle de notre ego, mais celle d’un lieu plus essentiel, la cité du Vivant au centre de nous-mêmes, Brahmapura, célébrée dans le Chandogya Upanishad.
Qu’en est-il, oui, qu’en est-il de notre être intérieur ? Quel dialogue établissons-nous avec lui ? En prenons-nous soin ? L’entendons-nous vraiment ?
Pour revenir au feu, pour apaiser ces brûlures extérieures et intérieures, que manque-t-il ? Qu’attend notre gorge ardente, sinon de l’eau ?
Suffit-il de l’eau, HâO, ou d’une eau… autre : l’eau que nous portons en nous ?
J’entends celle de la Grâce, de la Miséricorde, provenant de l’esprit, du cœur, de notre humanité : une onde qui nourrit, apaise, donnant équilibre et joie.
Un flux vivant, unissant le corps, l’âme et l’esprit dans un même mouvement, une unité, une seule volonté, dans un désir…
Osons, oui, pourquoi pas ? Posons-nous la question. Peut-être l’avenir du monde en dépend-il, qui sait ?
Ah, bien sûr, nous sommes faibles, fragiles, contradictoires, compliqués, et j’en passe. Nous le vivons tous, nous nous sentons impuissants face à tant de défis, au-devant d’un monde qui semble nous tomber sur la tête.
Cependant n’oublions pas, : nous sommes des êtres humains, porteurs d’une force, d’une Grâce à nulle autre pareille.
Et surtout, cette Miséricorde n’attend que notre invocation, notre appel pour naître en nous et abreuver le monde.
C’est une promesse éternelle du Vivant : Shiva, Atman, Dieu, Allah, Wata Tanga, comme vous voulez l’appeler. Mais Sa promesse est sûre.
Une eau de vie enivrante, féconde, guérisseuse, existe bien, là, en nous. Une énergie vivante, positive, où nous puisons calme, amour, compréhension et justesse aussi. Nous sommes invités à nous y relier à chaque instant.
Que faire ? Que faire ?
Ne fuyons pas le réel, mes amis, si je peux vous appeler ainsi maintenant que nous nous connaissons un peu.
Oui, et si nous devenions des généreux porteurs d’eau, de toutes les eaux, mais premier lieu celle de la Grâce, de la Miséricorde ?
Le monde en a besoin, notre voisin en a besoin et chacun de nous la désire.
Comment ?
Habitons, sincèrement, profondément, notre nature originelle, la fitra, comme la nomment les soufis, si belle, si parfaite.
Quel merveilleux pays sommes-nous en vérité !
Écoutez ce que Kodo Sawaki en dit :
« À l’origine, personne ne manque de rien. Être Bouddha, c’est pouvoir se faire confiance et être en paix. Tout ce dont Sawaki a besoin, c’est d’être Sawaki. Quoi d’autre ?
Je ne désire rien d’autre en cette vie, je ne me prosterne devant personne pour mendier. Je ne me cramponne à rien dans ce que les autres désirent de moi.
Quand j’ai de quoi manger, je mange ; quand je n’ai rien, je m’abstiens. Mon esprit est fermement résolu. Tant que durera ma vie, je vivrai, et à l’heure de ma mort, je mourrai.
Aujourd’hui, en cet instant, la vie s’étend devant moi, aussi vaste et claire que le ciel bleu. Que pourrait-il exister de plus beau ? »
N’est-ce pas magnifique de simplicité ?
Un dernier mot. Il est du Cheikh Akbar, du XIIe siècle, Sidi Ibn al-Arabi, le grand maître soufi andalou vénéré : « L’origine du mouvement de la vie, c’est l’Amour. »
Alors soyons Amour, mes amis, soyons Amour et vive la Vie.
Continuez bien !
Philippe Yacine Demaison