par Yogîndra
ĪÅopaniá¹£ad · Émission n° 6 · Jeudi 15 octobre 2026
Bonjour chers auditeurs de Radio Gandharva Gana.
C’est Yogîndra dans notre émission Le souffle des textes, une émission d’étude du sanskrit et de réflexion philosophique sur le vedÄnta.
La dernière fois, je vous ai parlé du premier vers du deuxième mantra de l’ĪÅopaniá¹£ad, et j’ai développé la notion de kÄma, le désir, mais surtout pour aborder l’absence de désir, dans l’esprit des quatre puruá¹£Ärtha, les quatre buts de la vie. Aujourd’hui je vous propose de poursuivre avec l’étude de la seconde partie du mantra. Et, pour l’illustrer, je vous proposerai quelques réflexions sur le karma, qui revêt un sens important pour bien comprendre ce texte.
Voici le mantra :
kurvanneveha karmÄá¹i jijÄ«viá¹£ecchataá¹ samÄḥ |
evaá¹ tvayi nÄnyatheto 'sti na karma lipyate nare || 2 ||
Je vous rappelle la traduction des deux premiers pÄda : Dans ce monde, c’est seulement en accomplissant les actions que l’on peut désirer vivre cent ans.
Nous prenons le troisième pÄda : evaá¹ tvayi nÄnyatheto ’sti.
Dans ce pÄda, on trouve trois sandhi ; le premier entre na et anyatheto, le deuxième à l’intérieur de anyatheto, et le troisième entre anyatheto et ’sti.
Je commence par le troisième : anyatheto ’sti, est à analyser comme anyathetas asti.
Le premier sandhi est la fusion entre le a court final de na et le a court initial de anyathetas pour donner un Ä long : nÄnyathetas.
Mais il faut aller plus loin et décomposer aussi anyathetas, dont la voyelle e centrale est la fusion entre un Ä et un i ; car c’est anyathÄ avec un Ä long final et itas. Pour nÄnyatheto ’sti, nous analysons donc : na anyathÄ itas asti.
Mais commençons par evam. C’est un adverbe qui signifie : certainement, ainsi, de cette manière.
tvayi est le locatif du pronom personnel tvam, deuxième personne du singulier, tu. Donc : en toi.
na est la négation : ne pas.
anyathÄ est un adverbe qui est construit sur anya, adjectif pronominal qui signifie autre, étranger, différent. anyathÄ c’est : autrement, faussement, dans un autre cas, sinon.
itas est une forme adverbiale bâtie sur le démonstratif idam, cela, en lui donnant une valeur d’ablatif. A la suite de anyathÄ, autrement, c’est un ablatif de comparaison ; donc : que cela ; autrement que cela.
Le dernier mot asti est la troisième personne du singulier du verbe as, être : il est.
Je récapitule pour evaá¹ tvayi na_anyathÄ_itas asti : ainsi, en toi, il n’en est pas autrement que cela.
Ainsi, en toi, il n’en est pas autrement que cela.
J’explique ce "en toi". Il s’agit de "toi" qui as ce désir de vivre cent ans, objet du pÄda précédent. Et plutôt que "en toi" on va plutôt dire en français : pour toi.
Poursuivons avec le dernier pÄda : na karma lipyate nare.
Les deux premiers mots na karma, sont faciles. na est la négation ; et karma est le nominatif neutre de karman, l’action. Donc : pas l’action.
Le verbe lipyate vient de la racine verbale lip qui signifie : enduire, souiller, rendre impur, tromper, coller, attacher. Avec lipyate, on a la troisième personne du singulier du passif ; c’est donc : il est collé, il est attaché. Ce qui est collé c’est l’action, sujet de ce verbe
Et voici le dernier mot, nare, locatif de nara, l’homme ; donc : dans l’homme, ou : sur l’homme.
L’action n’est pas collée sur l’homme ; c’est-à-dire : l’action n’est pas attachée sur l’homme.
Pour na karma lipyate nare, on obtient : l’action n’est pas collée sur l’homme ; c’est-à-dire : l’action n’est pas attachée sur l’homme.
Je reprends ces deux pÄda mot à mot :
evam : ainsi ;
tvayi : pour toi ;
na asti : il n’est pas ;
anyathÄ : autrement ;
itas : que cela ;
karma : l’action ;
na lipyate : n’est pas collée ;
nare : sur l’homme.
Ainsi, pour toi, il n’en est pas autrement, l’action n’est pas attachée sur l’homme. Ou plutôt en meilleur français : l’action ne s’attache pas à l’homme.
L’action ne s’attache pas à l’homme.
J’ai rendu le passif de lipyate par cette formule : l’action ne s’attache pas à l’homme. L’homme agit, il accomplit les actions, mais elles ne se collent pas à lui, dès qu’une action est réalisée, elle disparaît, elle n’a en soi aucune importance parce que réalisée sans gain personnel, dans le plus total détachement.
Je redonne le mantra entier et la traduction que je vous propose :
kurvanneveha karmÄá¹i jijÄ«viá¹£ecchataá¹ samÄḥ |
evaá¹ tvayi nÄnyatheto'sti na karma lipyate nare || 2 ||
IU 2 : Dans ce monde, c’est seulement en accomplissant les actions que l’on peut désirer vivre cent ans. Ainsi, pour toi, il n’en va pas autrement : l’action ne s’attache pas à l’homme.
Vivre cent ans n’est possible qu’en accomplissant le karma de la bonne manière tel que c’est expliqué dans les ÅÄstra, les Écritures, pour quelqu’un qui est un nara, un "homme ordinaire". Si un tel homme s’engage dans de bonnes actions, des actions altruistes, il ne sera pas lipta, collé, souillé, teinté, par ces actions positives, qui ne laisseront aucune trace. Et il évitera les actions mauvaises. Pour un homme (nare) tel que toi (evam tvayi), animé d'un tel désir de vivre, il n'existe pas d'autre voie (anyathÄ) que celle-ci.
L’expression « Ainsi, pour toi » renforce le sens de « il n’en va pas autrement ». En développant ce "ainsi", on pourrait dire : « Pour toi qui agis ainsi, il n’en va pas autrement ». Ce "pour toi" résume les deux premiers pÄda ; c’est : « pour toi qui accomplis les actions et espère vivre cent ans ».
En dehors de cette manière de vivre, qui consiste à accomplir le karma, les rites prescrits, tels que l'agnihotra, le feu rituel, il n'est aucun moyen d'empêcher l'action de produire ses effets et d'attacher l'homme. C'est pourquoi celui qui désire vivre vraiment doit le faire en accomplissant uniquement les actions prescrites par les Écritures, telles que l'agnihotra. Et, pour nous aujourd’hui, qui ne pratiquons pas l'agnihotra, c’est accomplir les actions qui nous incombent selon notre svadharma, notre dharma personnel, la mission que nous avons à remplir dans cette vie.
Mais il y a deux conditions à cela : 1) voir Dieu en tout : Ä«ÅÄ vÄsyam idaá¹ sarvam comme l’exprime le premier mantra ; et 2) ne pas être attaché par les actions, na karma lipyate nare, c’est le deuxième mantra.
Ces deux premiers mantras de l’upaniá¹£ad sont bien complémentaires.
Dans la Bhagavad GÄ«tÄ, Ká¹á¹£á¹a ne dit pas autre chose ; par exemple dans le quatrième chapitre :
BG 4.14 : Les actions ne M’affectent pas. Il n’existe en Moi aucun désir pour les fruits de l’action. Celui qui Me connaît comme tel, n’est pas lié par les actions.
C’est le même verbe lip qui est utilisé dans ce verset de la Bhagavad GÄ«tÄ avec limpanti à la troisième personne du pluriel du présent : na karmÄá¹i limpanti, les actions ne m’affectent pas. Et ici, dans l’ĪÅa upaniá¹£ad, na karma lipyate, l’action n’est pas attachée ou collée à l’homme, simplement parce qu’il en est libre.
De toute façon, Ká¹á¹£á¹a dans la Bhagavad GÄ«tÄ s’est employé à nous expliquer à maintes reprises, que faire l’action comme un sacrifice ne crée aucun attachement. Exemple :
BG 3.9 : Ce monde est enchaîné par l’action quand elle n’est pas accomplie comme un sacrifice, yajña, le sacrifice. Ô fils de KuntÄ«, accomplis l’action comme un sacrifice, en étant libre de l’attachement.
L’action centrée sur soi produit des liens, de l’attachement, c’est l’esclavage. L’action offerte au divin comme yajña devient libératrice. Le yajña n’est pas un rite isolé, mais la structure même de la vie. dans laquelle toutes les actions sont accomplies comme des sacrifices.
Dans le sacrifice, c’est l’infini qui s’exprime.
Pour conclure, voici les deux premiers mantras de l’ĪÅopaniá¹£ad, si complémentaires, entre le bhakti yoga et le karma yoga. Selon la méthode ancestrale du vedÄnta, je vous propose, Åravaá¹a, de bien les écouter ; puis manana, de bien y réfléchir ; et nididhyÄsana, de bien les méditer. Écoutons :
IU 1 : Par le Seigneur est recouvert ce tout, tout ce qui se meut dans ce monde mouvant. Par le renoncement, protège ton Soi ! Ne convoite pas le bien de quiconque !
IU 2 : Dans ce monde, c’est seulement en accomplissant les actions que l’on peut désirer vivre cent ans. Ainsi, pour toi, il n’en va pas autrement : l’action ne s’attache pas à l’homme.
Je vous donne rendez-vous le jeudi 5 novembre dans l’émission « Le souffle des textes » pour la suite de l’étude de l’ĪÅopaniá¹£ad.
Bonne semaine.
ÅÄstraprÄá¹e — Dans le souffle des textes
Le souffle du karman · par Yogîndra
Radio Gandharva Gana