04 novembre 2026
Des racines vers la lumière :
au-delà du reflet
Par Nitaï Gaurasundara Das
Mercredi 4 novembre 2026
Bonjour à toutes et à tous pour ce billet d’humeur du mercredi 4 novembre 2026.
J’espère que vous avez passé de bonnes vacances, pour ceux qui en avaient.
Le week-end dernier, j’étais en famille dans le Vercors. Et avec ma sœur et son fils, on a visité la grotte de la Cheminée, qui est à 1 300 mètres d’altitude.
Alors, il existe beaucoup de grottes dans le Vercors, mais celle-ci est assez connue. Elle a un plafond percé d’un ciel circulaire qui est assez large, d’où elle porte son nom, la grotte de la Cheminée.
Ça donne vraiment l’impression d’une cheminée quand on est dedans. Et elle descend jusqu’à 200 mètres sur un petit lac souterrain.
Des racines dans la roche, un élan vers la lumière
Alors, la grotte par elle-même m’a inspiré, mais aussi les arbres autour de cette grotte.
Les arbres qui montent quand même à 50 mètres de hauteur.
Et pourquoi précisément là ?
Parce qu’on a l’impression que leurs racines vont puiser dans la roche.
Et voilà, ils poussent. Ils poussent, ils vont vers la lumière.
C’est quelque chose d’incroyable.
« Arbres de la forêt, vous connaissez mon âme »
Alors, j’ai revisité un très, très beau poème de Victor Hugo, dans ses Contemplations, « Aux arbres ».
Et j’aimerais partager quelques vers de ce magnifique poème avec vous.
Vous me connaissez, vous, vous m’avez vu souvent.
Vous le savez, la pierre où court un scarabée,
Une humble goutte d’eau de fleur en fleur tombée,
Un nuage, un oiseau m’occupent tout un jour.
La contemplation m’emplit le cœur d’amour.
Attentif à vos bruits qui parlent tous un peu,
Arbres, vous m’avez vu fuir l’homme et chercher Dieu.
Vous savez que je suis calme et pur comme vous.
Comme au ciel, vos parfums, mon culte à Dieu s’élance.
Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois,
Dans tout ce qui m’entoure et me cache à la fois,
Dans votre solitude où je rentre en moi-même,
Je sens quelqu’un de grand qui m’écoute et qui m’aime. »
Magnifique. Très beau, très inspirant.
L’arbre cosmique de la Bhagavad-Gītā
Alors, cette contemplation sur l’arbre ou sur les arbres m’a amené à la Bhagavad-Gītā, quinzième chapitre.
Le tout premier verset du quinzième chapitre.
Krishna décrit un arbre qui s’appelle l’arbre banian, aux racines vers le haut et aux branches vers le bas.
et aux branches dirigées vers le bas.
Alors, cet arbre qui a des racines tournées vers le haut est complètement différent des arbres qu’on connaît dans ce monde.
Les arbres dans ce monde ont leurs racines qui vont sous terre et, bien sûr, ils s’élancent vers le ciel.
Mais cet arbre cosmique dont parle Krishna dans la Gītā a son origine tout en haut, à l’inverse de l’arbre qu’on voit dans ce monde.
Et son origine, la source première de toute manifestation matérielle, réside donc dans un monde qui est complètement différent du nôtre, un monde spirituel tout d’éternité, de connaissance et de félicité.
Le reflet n’est pas la réalité
Alors, comment peut-on imaginer un tel arbre ?
Eh bien, on a bien sûr le reflet d’un arbre véritable qui est là sur la berge d’une rivière, par exemple, son reflet dans l’eau.
Cette inversion, en fait, de l’image d’un arbre véritable au bord d’une rivière, d’un lac, eh bien, ce n’est qu’un reflet.
Mais sur ce reflet, en effet, les branches semblent aller vers le haut… vers le bas plutôt, et les racines vers le haut.
C’est bien ça que Krishna veut nous dire dans ce verset célèbre de la Gītā.
Il nous explique, en fait, que l’arbre dans lequel nous sommes prend ses racines depuis la planète de Brahmā, les planètes édéniques, les planètes les plus élevées de notre cosmos.
Et descend, descend, descend.
Et donc, il n’est qu’un reflet, il n’est pas la réalité.
Il n’a pas vraiment de substance solide, il n’est qu’une ombre projetée.
on ne trouve que de l’eau.
Mais néanmoins, ce reflet prouve l’existence d’un arbre original.
Donc, il existe bien un arbre originel et ce monde matériel n’est que le reflet de cet arbre original.
Voilà l’explication de ce verset.
Les branches : les trois guṇas
Alors, cet arbre banian, il est décrit dans les détails : les branches, les feuilles, toutes les ramifications.
Alors, les branches, par exemple, sont nourries par les trois influences de la nature matérielle que sont les guṇas : la vertu, la passion, l’ignorance, les actes intéressés sous toutes leurs formes.
Et elles s’étendent dans toutes les directions.
Un arbre banian, c’est gigantesque.
On en voit parfois. Les branches replongent dans la terre, refont des racines, c’est incroyable.
Donc ça, ce sont les trois guṇas.
C’est tout ce qui anime, en fait, les actes des êtres dans ce monde.
Les racines : désir, karma et saṃsāra
Les racines.
Alors, les racines, elles vont très, très profond dans la terre, créent un réseau très, très dense.
Et ça, ces racines, elles représentent, en fait, tous les désirs matériels de l’être vivant.
Et le karma qui retient, en fait, l’âme qui a revêtu un corps matériel et la pousse à prendre corps après corps, naissance après naissance, dans ce cycle du saṃsāra, des naissances et des morts.
Les feuilles : les hymnes védiques
Et les feuilles, eh bien, les feuilles de cet arbre banian sont décrites comme étant, en fait, les Védas, les hymnes védiques qui guident les activités rituelles intéressées, karma-kāṇḍa, des êtres de ce monde.
Les prières qu’on va offrir aux différentes divinités pour s’élever.
Les feuilles sont en l’air, dans l’espace, pour s’élever au-delà de cet arbre.
Couper l’arbre de l’illusion
Mais en fait, comment se libérer de cet arbre d’illusion ?
Eh bien là encore, Krishna nous explique comment se libérer.
Dans la Gītā, toujours, plus loin, il nous dit que, dans cet arbre dont on a beaucoup de mal à discerner le début, la fin ou même l’étendue de tout cet arbre, eh bien, en abattant cet arbre à la racine, avec l’arme du détachement, en se détachant de la matière, on arrive à petit à petit comprendre l’existence de l’arbre réel.
le reflet matériel perd tout son pouvoir d’illusion.
Et se tourner alors, que ce soient nos désirs les plus profonds, notre cœur, vers cet arbre spirituel.
Donc ça, c’est l’enseignement principal de cette analogie de cet arbre banian.
Aller plus loin, plus profond
Ces hymnes védiques, ces Védas, sont là pour nous permettre de nous élever comme les feuilles de cet arbre.
Et donc ainsi, on est encouragé à toujours aller plus loin, plus profond, au-delà de notre vision externe des choses.
Parce que notre problème, c’est de s’attacher à cet arbre d’illusion.
On reste là, complètement coincé dans nos problèmes quotidiens, dans nos dilemmes, dans nos obstacles, et on est incapable, incapable de comprendre qu’il existe une réalité spirituelle, une réalité supérieure.
Des racines dans la roche aux racines tournées vers le ciel,
l’arbre nous invite à dépasser le reflet,
à chercher la source
et à nous orienter vers la réalité spirituelle.
Donc voilà un objet de méditation que je vous propose en cette semaine d’automne du mois de novembre, en vous donnant rendez-vous mercredi prochain, qui sera le 11 novembre.
À bientôt.
Grotte des cheminées d’Herbouilly, massif du Vercors — Photo : Jean-Paul Corlin, 22 juillet 2022, licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0 International (CC BY-SA 4.0), via Wikimedia Commons.
Banian Thimmamma Marrimanu, Andhra Pradesh, Inde — Photo : P. Jeganathan, 19 juillet 2013, licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0 International (CC BY-SA 4.0), via Wikimedia Commons.
Reflet d’un arbre dans la rivière Orb, Béziers, Hérault — Photo : Christian Ferrer, 11 septembre 2016, licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0 International (CC BY-SA 4.0), via Wikimedia Commons.
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