Le souffle du renoncement par Yogîndra


24 septembre 2026

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śāstraprāṇe
Dans le souffle des textes

Le souffle du renoncement

par Yogîndra

Īśopaniṣad · Jeudi 24 septembre 2026

Dans cette troisième exploration de l’Īśopaniṣad, Yogîndra nous conduit au cœur de son premier mantra, l’un des enseignements fondamentaux du Vedānta.

Que signifie réellement renoncer ? Faut-il quitter le monde ou apprendre à le regarder autrement ? À travers l’étude précise du sanskrit, de Śaṅkara et de Swami Vivekânanda, une autre vision du renoncement apparaît : voir le Seigneur en toute chose.

Bonjour chers auditeurs de Radio Gandharva Gana.

C’est Yogîndra dans notre émission « Dans le souffle des textes », une émission d’étude du sanskrit et de réflexion philosophique sur le Vedānta.

Comme lors des émissions précédentes, nous poursuivons notre étude de l’Īśopaniṣad.

Pourquoi l’appelle-t-on Īśopaniṣad ?

Le titre de l’Upaniṣad résulte de la liaison de deux mots : īśā, « par le Seigneur », et upaniṣad.

Le ā long final de īśā et le u initial de upaniṣad fusionnent pour donner un o : Īśopaniṣad.

On dit également couramment Īśā Upaniṣad. Elle porte ce nom tout simplement parce que īśā est le premier mot de son premier mantra.

Elle est d’ailleurs souvent désignée par ses deux premiers mots : Īśā Vāsya Upaniṣad.

Īśopaniṣad · Mantra 1

īśā vāsyamidaṁ sarvaṁ yatkiñca jagatyāṁ jagat |
tena tyaktena bhuñjīthā mā gṛdhaḥ kasya sviddhanam || 1 ||

īśā — Par le Seigneur

Commençons par les quatre premiers mots :

īśā vāsyamidaṁ sarvam

īśā est l’instrumental du nom masculin īś, lui-même issu du verbe īś.

Ce verbe signifie : être maître de, commander, dominer, régner.

Celui qui est maître est appelé īś ou īśa. Ces deux termes sont synonymes et peuvent désigner le maître, le Seigneur, Dieu suprême, la divinité d’élection ou encore le dieu intérieur.

īśā : par le Seigneur

vāsyam — Habité, enveloppé, recouvert

Le deuxième mot est vāsyam.

Il vient du verbe vas, qui signifie habiter, demeurer, séjourner, mais aussi couvrir, envelopper.

Vāsyam est un adjectif verbal d’obligation : il exprime ce qui doit être habité, enveloppé ou recouvert.

Habité par qui ? Par Īśā, par le Seigneur.

idaṁ sarvam — Tout ceci

idam est un pronom démonstratif neutre que nous avons déjà rencontré dans l’expression pūrṇam idam.

Il exprime ce qui est proche : « ceci ».

sarvam signifie « tout ». L’expression idaṁ sarvam peut donc être comprise comme : « tout ceci ».

C’est tout le monde manifesté, tout cet univers.

īśā vāsyamidaṁ sarvam

Ce tout est habité, enveloppé ou recouvert par le Seigneur.

jagat — Le monde qui se meut

La seconde partie du premier vers est :

yat kiñca jagatyāṁ jagat

yat est un pronom relatif neutre : « lequel ».

kiñca, construit à partir de kim, « quoi », exprime ici l’indétermination : « quoi que ce soit ».

Les mots jagatyām et jagat sont très proches.

Jagat vient du verbe gam, « aller ». Il désigne ce qui va, ce qui bouge, ce qui se meut, ce qui est vivant.

jagat : ce qui bouge, ce qui est animé
jagatī : la terre, le monde manifesté
jagatyām : dans le monde

La répétition de ja-gat insiste sur le mouvement et le changement.

Les êtres sont mobiles. Le monde change.

yat kiñca jagatyāṁ jagat

« Quoi que ce soit qui est animé
dans le monde mouvant. »

Tout est recouvert par le Seigneur

Reprenons maintenant mot à mot le premier vers :

īśā : par le Seigneur

idaṁ sarvam : ce tout

vāsyam : habité, enveloppé, recouvert

yat kiñca : quoi que ce soit

jagat : ce qui est animé

jagatyām : dans le monde

Par le Seigneur est recouvert ce tout :
tout ce qui se meut dans ce monde mouvant.

Vāsya peut réunir plusieurs significations : revêtu de, enveloppé par, recouvert par, habité par.

Īśa, le Seigneur, est ici le Soi. Le Soi enveloppe tout, il est le vêtement de tout et il demeure en tout.

Il ne s’agit donc pas de dire que le Seigneur « doit » accomplir quelque chose. C’est nous qui devons comprendre, découvrir et réaliser que le Seigneur est partout et en tout.

Nous devons « dé-couvrir » le Seigneur,
découvrir cette Réalité qui nous paraît recouverte et cachée.

Dans ce premier vers se trouve résumé l’enseignement du Vedānta. Yogîndra rappelle que Gandhi disait que tout l’hindouisme est contenu dans ce mantra.

tena tyaktena bhuñjīthā — Que signifie renoncer ?

Le mantra se poursuit avec :

tena tyaktena bhuñjīthā

tena signifie ici : « par lui », « par cela ».

tyaktena vient du verbe tyaj, « abandonner ». Il désigne ce qui a été abandonné, lâché ou rejeté.

bhuñjīthā vient du verbe bhuj, qui peut signifier : jouir, manger, utiliser, servir ou gouverner.

Le verbe est ici à l’optatif, exprimant un souhait : « puisses-tu jouir de ».

tena tyaktena bhuñjīthā

« Puisses-tu jouir de ce qui a été abandonné. »
ou
« Puisses-tu jouir de ce qui est laissé. »

mā gṛdhaḥ — Ne convoite pas

La dernière partie du mantra est :

mā gṛdhaḥ kasya svid dhanam

mā exprime la négation : « ne pas ».

gṛdhaḥ vient de la racine gṛdh, « convoiter, désirer ». Avec mā, l’expression prend la force d’une interdiction : « Ne convoite pas. »

kasya svid signifie : « de qui que ce soit ».

Enfin, dhanam désigne la richesse, le bien, ce qui appartient à quelqu’un.

mā gṛdhaḥ kasya svid dhanam

Ne convoite pas le bien de quiconque !

Une première traduction

Tout ce qui se meut dans ce monde mouvant
est habité par le Seigneur.

Puisses-tu jouir de ce qui t’est laissé !

Ne convoite pas le bien de quiconque !

Śaṅkara et le sens du renoncement

Une difficulté apparaît cependant avec tena tyaktena bhuñjīthā.

Dans son commentaire, Śaṅkara comprend cette expression différemment.

Il interprète tyaktena comme « par le renoncement », comme si le texte portait tyāgena, les deux mots provenant de la racine tyaj, « abandonner ».

Il donne également à bhuñjīthās le sens de « protège » et ajoute le mot « Soi », absent du texte littéral.

« Par le renoncement,
protège le Soi. »

Cette interprétation met en valeur un thème central de l’Advaita Vedānta : le renoncement.

Elle s’éloigne du sens littéral des mots, mais elle enrichit le sens du mantra en introduisant une idée différente de la simple non-convoitise.

Swami Vivekânanda : renoncer sans fuir le monde

Mais de quel renoncement s’agit-il ?

Yogîndra s’appuie ici sur un passage du Jñāna Yoga de Swami Vivekânanda.

Pour le Vedānta, renoncer au monde ne signifie pas abandonner la vie, les êtres ou les choses, mais renoncer à la vision erronée que nous en avons.

Le monde que nous percevons comme séparé de Dieu, fait d’oppositions entre bien et mal, joie et douleur, vie et mort, est une construction de notre esprit à cause de māyā.

Le véritable renoncement consiste à dépasser cette apparence pour voir le Seigneur en toute chose.

Il ne s’agit donc pas de fuir son conjoint, ses enfants ou le monde.

Il s’agit de reconnaître Dieu en eux et, finalement, en toute réalité.

Déifier le monde.
Voir Dieu en tout.

C’est cela le véritable renoncement.

C’est ainsi que les deux grandes affirmations du mantra se rejoignent :

« Par le Seigneur est recouvert ce tout »

« Par le renoncement, protège ton Soi »

La traduction retenue

Īśopaniṣad · Mantra 1

Par le Seigneur est recouvert ce tout,
tout ce qui se meut dans ce monde mouvant.

Par le renoncement, protège ton Soi !

Ne convoite pas le bien de quiconque !

Que signifie « protéger ton Soi » ?

En réalité, le Soi n’a pas besoin d’être protégé.

Ce qui doit être protégé, c’est la connaissance que nous avons de notre Soi.

La phrase ne doit donc pas être comprise au sens strictement littéral. Elle vise à exalter le renoncement en attribuant la libération finale à son influence.

Que possédons-nous réellement ?

« Ne convoite pas le bien de quiconque » ne signifie pas seulement ne pas désirer le bien d’autrui.

Il s’agit également de ne pas convoiter notre propre bien ni de chercher sans cesse à accroître ce que nous possédons.

Car si tout est recouvert par Īśa, si tout est Īśa et si tout appartient au Seigneur, comment la richesse pourrait-elle réellement appartenir à quelqu’un ?

Tout appartient au Seigneur.
Personne ne possède quoi que ce soit.

« Ne recherche pas ce qui est irréel. »

Le souffle du renoncement

Le premier mantra de l’Īśopaniṣad nous invite à transformer profondément notre regard sur le monde.

Renoncer ne signifie pas nécessairement quitter ce monde, abandonner les êtres que nous aimons ou rejeter la vie.

Le véritable renoncement consiste à renoncer à la vision qui nous fait croire que les êtres et les choses existent séparément de la Réalité divine.

Lorsque nous apprenons à voir le Seigneur en toute chose, le monde n’est plus quelque chose dont il faudrait s’échapper : il devient lui-même le lieu où le Soi peut être découvert.

īśā vāsyamidaṁ sarvaṁ yatkiñca jagatyāṁ jagat |
tena tyaktena bhuñjīthā mā gṛdhaḥ kasya sviddhanam || 1 ||

Par le Seigneur est recouvert ce tout,
tout ce qui se meut dans ce monde mouvant.
Par le renoncement, protège ton Soi !
Ne convoite pas le bien de quiconque !

Ce verset mérite encore d’être approfondi, en particulier à travers le sens précis du mot Īśa.
Ce sera le sujet de la prochaine émission « Dans le souffle des textes ».

śāstraprāṇe — Dans le souffle des textes
Le souffle du renoncement · par Yogîndra
Radio Gandharva Gana

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